INTERNET ET LA DÉMOCRATIE

Aujourd’hui les nouvelles technologies de l’information sont des outils uniques pour enrichir le dialogue citoyen. Leur développement est inéluctable, pourtant, il semble clair que les médias traditionnels et les politiciens ne saisissent pas pleinement les enjeux de ce changement radical.

Après les mass médias, voici les nouvelles plateformes qui constituent les médias des masses comme le dit Joël de Rosnay… émergeant quasi-spontanément, dynamisées par les dernières technologies de l’information et de la communication. Ces transformations, plus ou moins implicitement, entrainent le développement de nouvelles esthétiques et de nouveaux modèles économiques.

Actuellement, les nouvelles plateformes sont en train de modifier la relation entre la politique et le citoyen. L’individu est de plus en plus désaffilié, comme un électron libre… libre de l’Église, libre de la famille, libre de l’État et donc du politique. Peu à peu c’est autour de communautés d’affinités qu’il vient s’agréger. Nous commençons à peine à mesurer l’impact de ces changements majeurs sur la société civile, la vie politique et la culture. De nouveaux outils « professionnels » permettent aux citoyens de passer du stade de simples consommateurs à celui de créateurs, certains parlent même de pro-ams (professionnels-amateurs). Les nouveaux dispositifs technologiques leur permettent de produire des contenus numériques tout à fait viables – et diffusables – avec une qualité d’image, de son, de graphisme, de vidéo, de textes qui rivalisent avec les normes de qualités que seul, jusque-là, les médias de masse pouvaient atteindre.

Il y a donc un impact réel des nouvelles technologies et des nouvelles plateformes sur l’ensemble de la chaîne de production et de diffusion dont le modèle était jusqu’à maintenant exclusivement réservé aux mass media. Aujourd’hui la reproduction des contenus numériques se fait à un coût marginal pour une diffusion aussi instantanée que mondiale. La révision et la restructuration du modèle de financement, de création, de production et de diffusion du documentaire sont donc inéluctables à court terme.

On va donc assister (et on assiste déjà en fait) à un affrontement entre ceux qui détiennent les moyens de production et de diffusions de l’information et ceux qui appartenaient d’une façon que l’on croyait définitive jusqu’à aujourd’hui à la catégorie close des spectateurs, lecteurs, considérés comme usagers passifs.

Mais voilà que les temps viennent de changer : la relation entre le créateur, l’œuvre et le spectateur est en pleine mutation. On vient de voir apparaître une nouvelle catégorie des usagers des réseaux numériques capable de produire, de diffuser et même de vendre des contenus numériques non propriétaires. Qu’est ce qui fait courir cette nouvelle génération web pour qui You Tube ou Daily Motion sont quotidiennement le lieu d’échange, d’information et de diffusion? Une partie de la réponse est-elle proposée par John-Paul Lepers, un journaliste français qui a quitté la télévision généraliste pour lancer sur le web Télé-Libre, qui déclare : « Internet est par essence un média démocratique (…). Alors que la télévision, en un sens, est un média totalitaire. »

On peut aussi penser à ces journalistes expérimentés du Washington Post qui ont quitté leur réputé journal pour créer le site web The Politico. Pour faire du journalisme politique autrement. Dans le même esprit, Karl Zéro, autre journaliste français transfuge de la télévision vers le Web dit : Le web « c’est une nouvelle liberté loin des censures, des coups de téléphone et des pressions des patrons. » Assurément, le web élimine les contraintes d’espace et de temps qui déterminent l’organisation de la programmation et la mise en format de la production. Il y a, de toute évidence, avec internet une nouvelle forme possible de télévision. Mais cette nouvelle forme va-t-elle (et surtout pourrait-elle) remplacer la télévision que nous connaissons encore aujourd’hui? Internet est-il le média démocratique ? Peut-être, il est prometteur et l’utopie fonctionne pour le moment. Il convient cependant de rester prudent. Ne risque-t-il pas, à moyen terme, d’imiter la télévision? Pour s’en distinguer, il lui faut inventer des formats nouveaux, une écriture différente, et surtout s’articuler autour d’une économie alternative. Il reste du chemin à parcourir.

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